Fossé intergénérationnel : Identification des freins et obstacles, des conditions favorables

Le fossé intergénérationnel n’est pas seulement une problématique liée aux nouveaux médias, mais peut-être son identification y est-elle plus aisée. A travers cette brève présentation, je vais essayer de vous faire part, au mieux, des différentes expériences de recherche, de terrain et de partenariat qui m’ont permises d’identifier certains freins et obstacles, mais également, et heureusement, des solutions à ces derniers.

1. L’expérience des jeunes belges francophones à travers Mediappro

Ma première suggestion sera de nous pencher sur les résultats belges de l’étude Mediappro, réalisée en 2006 et d’en extraire les conclusions qui permettront d’éclairer notre problématique d’aujourd’hui. Lors des entretiens, les jeunes semblaient apprécier se mettre en scène médiatiquement (mais sans pour autant tronquer leur identité) grâce aux nouveaux outils qui leurs sont offerts. Cela semble encore plus vrai aujourd’hui grâce aux différents jeux en ligne et à l’expansion des réseaux sociaux qui permettent, tantôt la construction d’un (voire de plusieurs) avatar qui ressemble de près ou de loin au jeune lui-même. Les jeunes ne nous ont pas semblé explorateurs face à Internet et qu’ils n’utilisaient que les aspects et des nouvelles technologies dont ils avaient besoin. Même s’ils nous ont déclaré avoir connaissance des infrastructures IT qui existent dans leurs écoles, ils ne se reconnaissaient pas dans les usages qui leur étaient offerts par leur établissement. Il nous a semblé préférable, en 2006, d’appréhender le jeu vidéo différemment des autres « nouveaux médias », car leur usage semblait plus ponctuel qu’en ce qui concerne Internet. La consommation des jeux vidéo semblait correspondre à un modèle d’usage épisodique, fortement lié aux circonstances de la vie du jeune. Enfin, l’appropriation nous est apparue comme fortement personnalisée, le déterminisme technique étant peu dominant dans les usages des jeunes. Cette description sommaire du comportement des jeunes face aux nouvelles technologies reste, à mon sens, essentielle à toute réflexion autour d’initiatives d’éducation aux médias.

2. Différentiation entre le contexte médiatique et le contexte scolaire ou d’apprentissage

Un des premiers freins aux initiatives d’éducation aux médias en milieux scolaires et extrascolaires que nous devons considérer est le fait que les contextes de réception des informations fournies et sollicitées sont différents. En effet, alors que les éducateurs fondent souvent leur enseignement sur un travail qui demande beaucoup d’efforts de la part de l’apprenant, une évaluation construite selon des critères précis et un investissement à long terme, les médias (et plus précisément les divertissements tels que les blogs, réseaux sociaux, jeux vidéo et téléphones mobiles) fondent leurs usages sur l’amusement, le jeu et l’entrainement à court-terme. Nous nous retrouvons donc ici face à une dichotomie temporelle et spatiale entre le monde de l’éducation et le monde médiatique qui nous entoure.

3. Les médias sont-ils eux-mêmes un obstacle à l’éducation aux médias ?

Les médias font bien entendu partie de notre univers quotidien, mais nous nous interrogeons rarement, en tant qu’usager et citoyen, sur les représentations que nous avons de ceux-ci. Paradoxalement, nos représentations des médias nous sont souvent issues des médias eux-mêmes. L’ère du mass-média tend à disparaître de nos horizons d’attente pour laisser la place à une consommation médiatique individualiste et personnalisée, malléable en termes d’horaires, d’interfaces et même de contenus. Cette nouvelle approche médiatique et le flux incessant d’informations qu’elle génère changent considérablement les méthodologies d’enseignement, mais également de formation des enseignants. Les nouveaux médias, tels que l’Internet ou les jeux vidéo, sont également aujourd’hui le produit d’entreprises privées. Or, l’école reste aujourd’hui encore réticente à laisser entrer dans son enceinte des opérateurs privés.

4. L’information et la formation médiatique des éducateurs.

Les différents éducateurs qu’il m’a été possible de rencontrer ont souvent mis en avant leur peur de ne pas être suffisamment compétents, « à la hauteur », dans le domaine des médias et de se trouver dans une position inconfortable face à des élèves qui disent en connaître beaucoup plus qu’eux sur le sujet. Ils expriment également la difficulté de mettre en place des projets concrets, par manque de temps, mais également d’informations quant à des initiatives qui exemplifient l’insertion de l’éducation aux médias dans le programme scolaire.

5. Les aspects logistiques

Même si les écoles, associations ou organismes d’éducation extrascolaire semblent aujourd’hui équipés en matière d’ordinateurs et de connexions Internet, ils ne semblent pas pour autant disposer du support technique et logistique que cela nécessite. L’obstacle le plus fréquemment cité est le prix inabordable des différentes licences informatiques ou matériaux informatiques nécessaires au bon déroulement des activités, ainsi que la difficulté à se tenir au courant des nouveaux supports qui pourraient leur être bénéfique. Ici encore, le temps médiatique ne semble pas être en concordance avec le temps pédagogique.

6. Des solutions existent !

Malgré ces obstacles, l’éducation aux médias trouve sa place dans de nombreux lieux et de manière diversifiée. Voici quelques pistes qui peuvent aider les enseignants à trouver des activités d’éducation aux médias qui correspondent à leur personnalité, à leur public, mais également aux conditions de travail dans lequel elles vont s’implémenter :
-  Ne pas envisager une éducation spécifique aux NTIC ou au multimédia mais une approche transversale qui est basée sur l’apprentissage de l’esprit critique. En effet, les compétences techniques ne semblent pas poser de problèmes aux jeunes et s’apprennent la plupart du temps entre pairs.
-  Prendre en compte l’analyse et la comparaison des « complexes multimédiatiques » existants qui, de manière fortement personnelle, associent différents médias en les combinant de manière complémentaire et cohérente.
-  Inciter les éducateurs à s’interroger sur leurs propres comportements médiatiques et à s’approprier les nouvelles approches médiatiques telles que la communication et la mise en relation, tout en respectant les sphères publiques et privées définies par ces médias.
-  Inciter les écoles à évaluer leur matériel médiatique régulièrement.
-  Permettre aux enseignants d’avoir un accès aisé à des exemples concrets d’activités d’éducation aux médias et à des outils pédagogiques qui invite à éduquer les jeunes par et aux médias.
-  Améliorer les cursus de formation des enseignants en ce qui concerne l’éducation aux médias.

Catherine Geeroms
Consultante « Games and Education » ISFE

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